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Ce que Miranda Priestly m'a rappelé cette semaine

Ce que Miranda Priestly m'a rappelé cette semaine

Je suis allée voir Le Diable s'habille en Prada 2 avec ma fille.

J'y allais sans grande attente. Une suite, un film de studio, une nostalgie bien emballée. Je savais ce que j'achetais.

Et puis à la fin, Meryl Streep dit quelque chose de très simple. Miranda explique pourquoi elle continue. Pas pour le pouvoir, pas pour le statut. Pour le travail. Parce qu'elle aime ça. Parce que se donner corps et âme dans ce qu'elle fait, malgré le prix, malgré les risques, malgré les sacrifices, c'est la seule façon qu'elle connaisse d'être vivante.

J'avais les yeux qui piquaient. Je ne m'y attendais pas.

Ce n'est pas un grand film. Il ne prétend pas l'être. Mais cette réplique-là, elle a remué quelque chose. Parce qu'elle nomme une vérité que les gens de notre milieu portent souvent sans la dire : on fait ce métier parce qu'on ne sait pas ne pas le faire. Ce n'est pas de la vocation au sens romantique. C'est plus têtu que ça. Plus viscéral.

Les scénaristes avec qui je travaille ont ça. Cette façon de revenir sur un projet même quand ça fait mal, même quand le financement ne suit pas, même quand le système dit non. Miranda, dans le film, a payé le prix fort. Les relations abîmées, les sacrifices, les compromis qui laissent des traces. Elle ne le nie pas. Elle dit juste que ça valait quand même.

Cette semaine, en France, des centaines de cinéastes ont signé une tribune dénonçant l'influence grandissante de Vincent Bolloré sur les industries culturelles. La réponse du président du directoire de Canal+ n'a pas tardé : il ne souhaite plus collaborer avec les signataires.

Ce n'est pas une petite phrase.

Canal+ est le premier financeur privé du cinéma français. 104 films préfinancés en 2025. 134 millions d'euros. 37% du total des investissements de la filière. Et maintenant une participation dans UGC, le plus grand réseau de salles du pays, avec une option pour monter à 100% du capital d'ici 2028. Un même groupe qui pourrait bientôt décider qui finance un film, qui le distribue, et dans quelle salle il passe. Du développement à l'écran. De l'intention à la réception. La chaîne entière.

Signer cette tribune, dans ce contexte, c'est un acte concret. Pas rhétorique. Concret. Ça veut dire accepter que le système qui te permet de travailler pourrait se fermer. Que l'amour du métier, à un moment, te coûte des projets. De l'argent. Peut-être une carrière.

Et ne pas signer, c'est aussi un choix. Qui a son propre prix, plus invisible, mais tout aussi réel.

C'est là que la réplique de Miranda résonne autrement.

Parce que la question n'est pas abstraite. Elle est posée chaque jour, concrètement, à des gens qui aiment leur travail et qui doivent décider jusqu'où ils vont pour continuer à le faire. Ce que je vois dans mon travail au quotidien, c'est souvent ça : une autocensure qui ne dit pas son nom. Des histoires qui rétrécissent. Des personnages assagis. Des risques évités. Pas par manque de courage. Mais parce que le système, à force, te convainc que ce que tu as vraiment à dire n'est peut-être pas finançable. Et tu commences à croire que c'est vrai.

En sortant de la salle, j'avais envie de relire des scénarios qui prennent des risques. Des histoires qui ne cherchent pas à plaire d'abord. Des projets écrits comme si l'argent viendrait après, parce que l'histoire le mérite, et pas l'inverse.

Miranda dit qu'elle aime son travail. Elle aime moins l'avouer mais elle a aussi besoin des autres pour continuer. De leur présence. Leur résistance, même.

Je crois que c'est vrai pour tous ceux qui font ce métier. On a besoin d'un système qui nous soutient. Mais on a aussi besoin qu'il nous résiste un peu,

qu'il nous force à justifier pourquoi cette histoire-là mérite d'exister.

Le problème, c'est quand le système arrête de poser cette question. Et commence à la remplacer par une autre.

 
 
 

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