Marjane Satrapi est morte aujourd'hui. Elle avait 56 ans.
- alexandra58022
- il y a 16 heures
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On apprend qu'elle est morte de chagrin, un peu plus d'un an après la disparition de Mattias Ripa, son mari et l'amour de sa vie. Il y a des nouvelles qui vous arrêtent net. Celle-là est de celles-là.
Je ne vais pas vous raconter son œuvre. D'autres le feront mieux.

Je veux juste vous parler de deux scènes de Persepolis qui ne m'ont jamais quittée.
La première, c'est Vienne. Marjane arrive en exil, jeune, seule, arrachée à tout ce qu'elle connaît. Elle va à une fête punk. Elle danse. L'animation est répétitive — les mêmes gestes, en boucle, encore et encore. C'est une économie de moyens qui aurait pu sembler paresseuse. Elle est au contraire d'une précision absolue. Parce que ce que j'ai ressenti en regardant cette boucle, c'est l'intensité du besoin. Le besoin de danser. De libérer un corps que la peur et l'immobilité forcée avaient tenu captif pendant des années. Ce n'est pas une scène de joie. C'est une scène de survie. Et Satrapi le dit avec presque rien — quelques traits, un mouvement répété, une musique qui cogne. Aucun mot n'aurait dit ça mieux.
La deuxième scène, c'est la grand-mère et le jasmin. Tous les matins, elle cueillait des jasmins qu'elle mettait dans son soutien-gorge pour sentir bon. Quand elle dégrafait son corsage, on voyait les fleurs tomber de ses seins. Cette coquetterie discrète, tendre, tellement orientale — elle m'a émue aux larmes la première fois. Elle m'émeut encore aujourd'hui, au simple souvenir. Le jasmin et la fleur d'oranger sont les deux seules odeurs qui me font me sentir en sécurité. Je ne sais pas exactement pourquoi. Quelque chose d'enfoui, de transmis, d'avant les mots. Cette grand-mère qui se parfume en secret dit plus sur la résistance intime, sur la dignité qu'on préserve dans les pires conditions, que n'importe quel discours. Les fleurs tombent du corsage. C'est un spectacle, dit la voix off. Oui. Un spectacle de vie.
Ce sont deux scènes qui n'ont rien d'exceptionnel sur le papier. Une fille qui danse. Une vieille femme et des fleurs. Et pourtant elles traversent le temps parce qu'elles sont vraies — d'une vérité qui vient de quelqu'un qui savait exactement ce qu'il voulait transmettre, et qui a trouvé la forme juste pour le faire.
C'est ce que Marjane Satrapi nous a appris. Que la simplicité n'est pas un manque. Que l'économie peut être la forme la plus haute de l'intensité. Que les histoires les plus universelles partent toujours de quelque chose de très petit, de très personnel, de presque inavouable.
Elle est morte de chagrin d'amour. Je trouve ça à la fois déchirant et cohérent avec tout ce qu'elle a fait. Elle n'a jamais rien fait à moitié.


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